Trois chats cool

Trois chats cool. C. Girard et P. Brunet

Trois chats cool, une exposition de Camille Girard et Paul Brunet

Mains D’Oeuvres – Saint Ouen, du 11 mai au 18 juin 2017
Commissariat : Ann Stouvenel
Avec le soutien d’Ars Ultima – Stein & Guillot Art Foundation, mécènes.
Vues de l’exposition Trois chats cool ©Margot Montigny

L’exposition rétrospective et prospective Trois chats cool présente les œuvres de Camille Girard et Paul Brunet. Camille et Paul travaillent à deux, Camille et Paul dessinent. Ils observent avec attention ce qu’ils ont sous les yeux « … un enfant, un chien, un moucheron, un papillon, un moineau, un ver, une fleur, un homme, une maison, un arbre, une haie, un escargot, une souris, un nuage, une montagne, une feuille, ou ne serait-ce qu’un misérable bout de papier froissé et jeté, où peut-être un gentil et bon écolier a tracé ses premières lettres maladroites » La promenade, Robert Walser.
Cette exposition monographique fait suite à celle d’Éléonore Saintagnan Dieu et la Stéréo, à celle de Gregory Buchert Quelques choses en moins, et à celle de Judith Deschamps Ne plus être dans votre regard, c’est disparaître, programmées à Mains d’Œuvres en mai et juin, de 2014 à 2016. À partir du protocole de départ : présenter l’ensemble des œuvres déjà réalisées, produire spécifiquement une ou plusieurs créations et dévoiler les expérimentations en cours, ils se saisissent de l’occasion pour articuler un jeu de regards entre leurs œuvres fondatrices et un décor conçu de manière contextuelle.
Le dessin revêt pour Camille et Paul de nombreuses possibilités et s’étend vers d’autres formes : installations, volumes, performances. Les ouvertures sur l’extérieur, les rythmes d’une série à une autre, les points de vue formels sont autant de nouveaux environnements à regarder, à dessiner, à s’approprier. De ce que l’on a sous la main à ce que l’on croise au bord d’un chemin, d’une scène d’intérieur à une visite au musée, d’un chat qui attend qu’on lui ouvre la porte au motif d’un tapis… Autant d’images que de citations, d’hommages, d’amours, d’amitiés. Camille Girard et Paul Brunet s’arrêtent sur un instant, prolongé dans vos yeux.

L’exposition vue par Sophie Lapalu :

Les dessins au pinceau de Camille Girard et Paul Brunet pourraient d’abord laisser croire à une tentative de représenter avec la plus grande exhaustivité ce qui entoure au plus près le duo, soit une sorte d’écosystème fermé sur lui-même, grouillant, qui se démultiplie de feuille en feuille tout en restant dans une circonférence extrêmement restreinte, de leur salon à leur jardin. Et pourtant, l’exposition rétrospective Trois chats cool à Mains d’Œuvres montre combien le voyage le plus extraordinaire peut rester circonscrit à ce que nous connaissons le mieux – combien les œuvres se déploient bien au-delà du périmètre de ce qu’elles représentent.
Fraîchement diplômés des Beaux Arts de Quimper en 2008, le premier travail que Camille Girard et Paul Brunet réalisent ensemble consiste à dessiner les fleurs qu’ils avaient plantées devant leur maison, au fur et à mesure de leur croissance. Espace clos habité par leurs chats, le jardin pourrait se présenter comme la parabole de leur mode de vie et revient à plusieurs reprises : ainsi cet hommage au Déjeuner sur l’herbe de Monet, où les deux artistes fixent le spectateur, nus dans la verdure, leurs vêtements négligemment jetés au premier plan (Super Roots, 2010). L’intériorité recluse dans laquelle ils paraissent se plaire se décline également dans l’obsession minutieuse portée à chaque détail de leur intérieur. Superheroes (2010) les montre déguisés, un poil ridicules, entourés d’un véritable capharnaüm organisé. À la manière d’un cabinet de curiosité contemporain, l’étendue du savoir de leurs propriétaires y est étalé ; catalogue de Daniel Johnston, Nan Goldin ou du Festival de la photographie d’Arles 2004, CD de Sonic Youth et DVD de David Lynch côtoient Bob l’éponge ou Maître Yoda. L’enfance dialogue avec la fin des Beaux-arts et semble demander quels artistes ils pourront bien être. L’extrême précision dans les détails, le soin maniaque avec lequel chaque élément est représenté invitent le spectateur à déchiffrer jusqu’au titre des ouvrages, dans une exploration du dessin digne d’un Xavier de Maistre en voyage autour de sa chambre. « Aussi, lorsque je voyage dans ma chambre, je parcours rarement une ligne droite : je vais de ma table vers un tableau qui est placé dans un coin ; de là je pars obliquement pour aller à la porte ; mais, quoique en partant mon intention soit bien de m’y rendre, si je rencontre mon fauteuil en chemin, je ne fais pas de façons, et je m’y arrange tout de suite. » Si Camille Girard et Paul Brunet observent leur maison comme un univers à découvrir sans relâche, le spectateur est invité à scruter les images offertes, gambadant d’une référence à l’autre, s’arrêtant sur l’une avant de se perdre à nouveau dans la profusion. Le regard se fait tant flâneur que voyeur. Virginie (2014) n’échappe pas à cette règle ; les cubes en bois d’enfant s’empilent sur des torchons à carreau posés sur un tapis persan, une mappemonde côtoie une peluche d’éléphant, et nous rêvons dans ces jeux de motifs à un voyage quotidien dans notre vie ordinaire, comme les enfants que nous étions étaient seuls capables de le faire.
Quand il y a de la couleur, celle-ci se fait vive et les lavis d’aquarelle denses, presque opaques. Mais elle disparaît avec le temps au profit d’un travail à l’encre de Chine, tandis que le duo ouvre son champ d’investigation. La table et l’armoire, La cuisine, Le sac enfance, Les deux chats sont autant de titres qui désignent une série de travaux réunis sous le nom 24 rue Madame de Pompéry – leur adresse. L’espace domestique est omniprésent. D’abord la façade de leur maison, puis une boîte de nuit vide, puis les artistes qu’ils rencontrent, avec qui ils se lient. Le monde s’ouvre. Des figures que l’on reconnaît deviennent à leur tour des motifs. S’ils n’étaient auparavant que des références sur les tranches de livres, les artistes sont devenus des personnages bien réels, qui posent en compagnie du couple pour la photographie qui servira de modèle au dessin. Les super héros qu’ils étaient semblent s’être trouvés, ils font preuve d’une plus grande audace, se jouent de l’image ; des collages perturbent la lecture, la même scène se répète sur la feuille, les reflets mêlent les régimes de représentation et troublent la vision, les marges sont assumées et la sculpture s’invite, comme ce motif jaune sur fond de marine noire (L’oreille, encre de Chine sur calque, 2016, dessin d’une œuvre de Camille Tsvetoukhine).
Mais alors, pourquoi leur travail se trouve-t-il toujours classé dans la catégorie du dessin ? L’utilisation systématique du pinceau permet de douter du statut des œuvres produites… Pour Trois chats cool, les deux artistes s’engagent franchement dans la peinture avec une série de monochromes qui ponctuent l’accrochage de respirations colorées. Ils sont d’anciens plateaux colorés d’un bar à cocktail. En 2016, invités par la même Camille Tsvetoukhine [qu’ils avaient, avec leur collectif WOOP (Romain Bobichon, Paul Brunet, Camille Girard et Yoan Sorin) invitée chez eux en résidence ] à intervenir sur une plage avec treize autres artistes pour un projet simplement dénommé My Beach, ils avaient créé ce meuble de convivialité. Ici découpé, il devient peinture.
Ainsi ce n’est plus le travail d’un couple reclus qui se présente dans cette exposition, mais plutôt celui d’une communauté d’artistes qui se crée, sortie de l’enfance et à l’orée de l’âge adulte, rechignant toujours à y entrer peut-être – l’accrochage est prévu assez bas pour que les petits puissent voir les œuvres. Une famille comme un parcours se dessinent d’une aquarelle à une encre, le long de cet accrochage qui invite à la marche linéaire mais refuse toute forme de chronologie. Un univers semble-t-il banal déploie ses potentialités oniriques ; les œuvres sont ces animaux cool qui déambulent accompagnés de leur smala d’amis et d’histoires contenues, pudiquement dévoilées. Les deux artistes nous invitent à jouer avec eux au jeu des correspondances, à sauter à cloche pied entre les références, à retrouver les motifs et les accords, pour chanter le refrain des trois chats dilettantes.

Trois chats cool, 18 juin finissage et performances

avec Marie L’Hours – Georges-Henri Guedj et Margot Montigny – Thomas Delahaye, Guillaume Pellay et Lina Schlageter – Yoan Sorin

Camille Girard et Paul Brunet étendent le format de leur exposition en invitant des artistes à proposer des « performances » à l’occasion du finissage. Dans cette idée d’engager un travail collectif et collaboratif, d’expérimentation comme de diffusion, Camille et Paul ouvrent l’espace de leur exposition à leurs amis artistes.


Les carnets, 24 avril 2017

sans-titre7

Les carnets, 24 avril 2017 – film

Film réalisé le 24 avril 2017 à Saint-Michel-en-Grève, avec Nathalie et Bernard Guiné, Nicolas Rabant, Thierry Goron et le chat.


24 rue Madame de Pompéry

Le playmobil Albrecht Dürer

24 rue Madame de Pompéry / un panorama

(Sur une invitation de Bruno Peinado. Exposition à la Salle des Fêtes de Douarnenez, avril-mai 2012)
Série de 16 dessins encre de chine sur papier 90x120cm, février-mars 2012

Lorsqu’en 1937 Daniel Le Flanchec, le maire de Douarnenez fait appel à Robert-Paulo Villard pour peindre le paysage de la célèbre baie en 16 tableaux, il ne se doute certainement pas que ces toiles seront un jour classées Monuments Historiques. C’est dans cette salle des fêtes, chargée de mémoire et d’enjeux que j’ai désiré proposer à Camille Girard et Paul Brunet d’intervenir pour une exposition en vis à vis. Moins pour mettre en avant les qualités patrimoniales de ce site que pour engager un dialogue et rendre actifs les enjeux d’un questionnement face à ce qui nous entoure et à cette notion d’un panorama. Le monde et la baie de Douarnenez ont certes un peu changé depuis 1937 mais certainement moins que nos rapports à la culture et ce qui fonde nos paysages culturels. Alors que Robert-Paulo Villard représentait la baie et la ville avec son père et quatre amis, Camille Girard et Paul Brunet nous proposent aujourd’hui un voyage depuis leur intimité au 24 rue Madame de Pompéry. Une adresse qui leur sert à la fois de maison, d’atelier, de studio son, de bibliothèque, de jardin, de discothèque, d’interface et de refuge. Adresse où les notions de représentations et de fenêtre sur le monde sont habilement intriquées. Rentrent ici les images et les rumeurs du monde, elles s’y sédimentent, elles y font leurs nids, et c’est par autant de signaux d’aquarelles habilement exécutées pendant de longues journées qu’elles nous sont renvoyées. L’un des axes travaillé par cette rencontre entre des jeunes gens facétieux de 2012 à l’exubérance sobre, et des peintres talentueux de 1937 investis d’une mission de témoignage, est d’établir un dialogue entre ces deux temps de représentations du monde, leurs relations, leurs codes et leurs enjeux, les univers qu’ils mettent en place, comme autant de rapports au monde. Camille Girard et Paul Brunet saisissent à quatre mains les échos du monde par une pratique assidue du dessin. Un dessin, à la manière des plus grands mangakas, nourri d’attentions à ce que nous avons sous les yeux de plus simple ou de plus trivial, un chat qui vous fixe, une collection de jouets, un jardin sous la neige. Mais ils sont tout aussi attentifs à ce qui nourri notre regard, les livres lus, les oeuvres digérées, les films à revoir ou à découvrir. Soit un paysage culturel à l’image de ceux qui font parler la nuit et tiennent alerte le jour. Une poétique mettant en relations l’ailleurs et la distance à ce qui engage les proximités. Aussi depuis leur vigie au 24 rue Madame de Pompéry, Camille Girard et Paul Brunet, nous parlent du monde qu’ils ont sous les yeux et des mondes qu’ils désirent, et cela le plus simplement possible, c’est à dire avec la plus grande complexité qu’ils savent nous rendre évidente.

À deux doigts ou à trois pieds, à quatre coudes ou à deux nez, avec le pouce ou leurs dentiers, Camille Girard et Paul Brunet dessinent.

Sur un tatamis ou sur un tas de bois, sur leur tabagie ou leur gueule de bois, Camille Girard et Paul Brunet dessinent.

Qu’il fasse beau en hiver, froid en été, humide au printemps ou sec en automne, Camille Girard et Paul Brunet dessinent.

En fumant des cigarettes, en mangeant des tartelettes, en jardinant ou en bougeant la tête, Camille Girard et Paul Brunet dessinent.

Avec le sexe, avec les pieds, avec les seins, avec le nez, avec leurs cils ou leurs nombrils, Camille Girard et Paul Brunet dessinent.

Sur Vivaldi ou sur Fu Manchu, sur Ramstein ou sur Jad Fair, sur Daniel Johnston ou Barzotti, Camille Girard et Paul Brunet dessinent.

De haut en bas et de bas en haut, de droite à gauche ou de gauche à droite, à l’endroit ou à l’envers, Camille Girard et Paul Brunet dessinent.

A 16h 00 ou à 22h00, à 1h57ou à 7h13, à 12h15 ou à 5h36, à 10h12 ou à 23h32, Camille Girard et Paul Brunet dessinent.

Avec leur ego ou des playmobils, des air max ou des miettes de twix, des têtes de mort ou des kinder surprises,
des chaussettes péruviennes ou bien juste des fleurs, Camille Girard et Paul Brunet dessinent.

Par temps gris ou pour le jeu, par envie ou pour des vieux, pour des amis ou sur des pneus, Camille Girard et Paul Brunet dessinent.

Comme des pompiers ou des boulangers, des pompistes ou des infirmiers, des secrétaires ou des policiers, Camille Girard et Paul Brunet dessinent.

Bruno Peinado


CG+PB ♥ JKL

Le tapis de Vakiopaine

Postcards

Cartes postales

120×160 cm

SuperRoots
Superheroes